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Site perso de Bertrand Perrier

Exposition "Traits portraits"
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L'Enfant endormi

Jeanne Élisabeth Chaudet, née Gabiou
Paris, 1767 - Paris, 1832
L'Enfant endormi dans un berceau sous la garde
d'un chien courageux
1801
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures, R.F. 706

Une fable médiévale, « Le Chien et le Serpent », a inspiré ce tableau : c'est l'histoire d'un enfant laissé sans surveillance par ses parents et qui échappe à la morsure d'une vipère grâce à la vigilance du chien de la maison. De retour au logis, le père se méprend en croyant d'abord que le chien a tué l'enfant en son absence: pris de colère, il décapite le fidèle animal avant de s'en repentir. Rien ne laisse présager ici l'issue tragique de la fable. Le bébé étendu dans son berceau apparaît dans l'abandon complet du sommeil, le bras posé sur la tête dans une attitude reprise des sculptures gréco-romaines. Sa pâleur contraste avec le pelage noir du chien, à l'allure calme et noble, au regard lourd de sens. Véritable héros de cette scène, il nous prend à témoin de son courage et rappelle la coupable négligence des adultes. L'artiste, désireuse de dépasser la simple scène de genre anecdotique, élève l'enfant et le chien au rang d'allégories de l'innocence, de la vigilance et du dévouement.

Portrait d'un père de famille avec ses enfants

Anonyme
Portrait d'un père de famille avec ses enfants
Vers 1805
Huile sur toile
Le Mans, musée de Tessé, inv. 10.288

Ce célèbre père de famille, dont l'auteur reste anonyme, pose, entouré de ses quatre enfants. Il maintient le plus jeune entre ses genoux, dans une attitude souvent adoptée dans les portraits de pères avec leurs fils. Rien n'évoque le souvenir d'une mère aimée et disparue, si ce n'est, peut-être, le confort bourgeois que l'on devine dans le salon. Familier et intime - la tenue du père est un peu négligée -, ce portrait reprend pourtant les conventions d'un portrait dynastique. Les attitudes confirment la séparation des sexes et la répartition des rôles au sein de la famille. La petite fille tient sagement la pose, telle une jeune fille accomplie, tandis que son jeune frère est laissé à sa rêverie, abandonnant son livre. Le père, par son aspect massif et sa position centrale, s'y affirme en chef de famille, protecteur et garant de l'éducation des enfants. Mais l'attitude du fils aîné, vêtu avec élégance, le désigne déjà comme l'héritier de la famille, dans une société postrévolutionnaire où l'ascension sociale, que l'on devine ici, suscite le désir de fonder une dynastie.

Portrait de Marie Laetitia Murat portant le buste de son oncle l'empereur Napoléon 1er

Jeanne Élisabeth Chaudet, née Gabiou
Paris, 1767 - Paris, 1832
Portrait de Marie Laetitia Murat portant le buste de son oncle l'empereur Napoléon ler
1806
Huile sur toile

Fontainebleau, musée national du château de Fontainebleau, dépôt du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon; MV 4713

Le chariot brisé (Portrait d'une famille)

Constant Joseph Desbordes
Douai, 1761 - Paris, 1827
Le chariot brisé (Portrait d'une famille)
1806
Huile sur toile
Beauvais, MuDO, musée de l'Oise, inv. 97.218

Portrait de roi de Rome

Pierre Paul Prud'hon Cluny, 1758 - Paris, 1823
Portrait du roi de Rome
1811
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures, R.F. 1982-19

Le 20 mars 1811 naît Napoléon François Charles Joseph, fils de Napoléon ler et de l'impératrice Marie-Louise : il est l'héritier mâle tant attendu de l'Empire, porteur des espoirs de la nouvelle dynastie. Dès sa naissance, l'enfant reçoit le titre de « roi de Rome », et fait l'objet de nombreux portraits, plus allégoriques que réalistes. Ici, les symboles concourent à rappeler le mythe de Romulus, fondateur et premier roi légendaire de Rome: l'enfant apparaît comme au jour où Romulus fut sauvé par une louve, sur les bords du fleuve Tibre où sa mère avait dû l'abandonner. Le coussin blanc, l'étole rouge et le voile bleu reconstituent discrètement le drapeau tricolore français. Baigné par une lumière dorée, presque surnaturelle, il est protégé par une grande fleur de fritillaire, surnommée « couronne impériale ». Prud'hon livre un portrait officiel très singulier, alliant la poésie de la nature à une symbolique royale et divine.

Paul et Virginie

Charles-Paul Landon Nonant-le-Pin, 1760 - Paris, 1826
Paul et Virginie
1814
Huile sur toile
Alençon, musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, inv. 2013.1.22

Influencé par Rousseau, l'écrivain et naturaliste Jacques- Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814) publie en 1788 Paul et Virginie, roman qui connut un immense succès. Apparues d'abord en gravure dans les différentes éditions de l'ouvrage, les illustrations se multiplient sous forme de tableaux, de sculptures, de papiers peints et de bibelots. L'auteur situe l'histoire sur l'île Maurice, un environnement exotique et préservé, loin de la métropole française : les deux enfants y grandissent comme frère et sœur au contact direct de la nature. Privés de leurs pères emportés par des naufrages, Paul et Virginie sont élevés par leurs mères. Le peintre illustre ici l'apprentissage du bain : il vante la patience des adultes, l'entraide des enfants, l'absence de honte et de préjugés au sujet de la nudité enfantine. Les tenues très simples des personnages font penser aux premiers temps de l'humanité, racontés dans la Bible. Le palmier évoque l'épisode de la fuite de la Sainte Famille en Égypte ; les deux enfants rappellent le petit Jésus et saint Jean-Baptiste qui ont aussi grandi ensemble. Plus qu'une simple illustration de roman, Landon invente ici une nouvelle forme de peinture religieuse.

La Duchesse de Berry en costume de veuve et sa fille Louise

François Joseph Kinson
Bruges, 1770 - Bruges, 1839
La Duchesse de Berry en costume de veuve et sa fille Louise
1820
Huile sur toile
Bordeaux, musée des Arts décoratifs et du Design, inv. 2019.2.1

Portrait de Ferdiand Philippe d'Orleans

Horace Vernet
Paris 1789 - Paris, 1868
Portrait de Ferdinand-Philippe d'Orléans
duc de Chartres, au collège royal Henri-IV
1821
Huile sur toile
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, V. 2015.32

L'instruction des enfants de la famille royale et de haute aristocratie était traditionnellement confiée à des gouverneurs et des professeurs particuliers. Louis Philippe d'Orléans, qui deviendra roi des Français en 1830, revendique la liberté de donner une instruction moderne et libérale à ses propres enfants. Il décide de scolariser son fils ainé Ferdinand Philippe (1810-1842) à partir de neuf ans au collège royal Henri-IV à Paris. Ce portrait est la plus ancienne effigie montrant un jeune prince français jouant dans une cour d'école : le jeune garçon, ici âgé d'environ onze ans, a quitté sa veste pour courir à son aise et jouer au cerceau. Il semble interrompre ses jeux pendant la récréation pour laisser le peintre fixer sa silhouette. L'image de cet enfant, dont les traits sont peu individualisés, est avant tout un manifeste politique, au service de la popularité de son père.

Petits patriotes

Philippe-Auguste Jeanron
Boulogne-sur-Mer, 1808 - Orgnac-sur-Vézère, 1877
Petits patriotes
1830
Huile sur toile
Caen, musée des Beaux-Arts, dépôt du CNAP, inv. 187

De nombreux jeunes garçons issus des classes populaires ont participé aux trois journées d'émeutes qui ont secoué Paris du 27 au 29 juillet 1830 et contraint le roi Charles X à abdiquer. Certaines représentations les montrent en marge des combats, dans des rôles secondaires. Ici, la révolution est montrée du point de vue des enfants. Jeanron place au cœur de sa composition quatre garçons, immobiles et silencieux. Sales, leur chemise déchirée, ils arborent des débris d'équipement militaire ramassés sur les lieux de combat. Juché sur une dalle, telle une statue vivante, un gamin observe les affrontements au loin. Un autre dort à ses pieds, le troisième fume la pipe d'un air désabusé, tandis que le quatrième nous dévisage avec méfiance. Un sentiment grave et mélancolique l'emporte. Perçus par les républicains comme des petits héros, ces enfants devraient incarner la jeunesse et l'espoir du mouvement révolutionnaire : ils évoquent surtout la misère, la fatigue et l'inquiétude des lendemains de révolte.

L'orpheline

Pierre Roch Vigneron Vosnon, 1789 - Paris, 1872
L'Orpheline
1832
Huile sur toile

Compiègne, musée national du château de Compiègne, dépôt du musée du Louvre, département des Peintures, INV. 8440
Dans une maison ouverte aux quatre vents, un grand lit défait témoigne d'une absence. Seul être vivant dans cette pièce désolée, une fillette d'environ deux à trois ans dans son berceau. En examinant la scène, on déchiffre l'horreur de la situation : les corps des parents viennent d'être enlevés et placés dans des cercueils à l'aube, avant que l'enfant ne s'éveille. À travers la fenêtre, on aperçoit un long cortège funèbre. À partir d'une situation individuelle, le peintre nous fait imaginer la tragédie qui s'est abattue sur de nombreux enfants, de tous les pays d'Europe et de toutes classes sociales, lors de la pandémie de choléra morbus de 1832. On estime à cent mille le nombre de victimes en France, dont dix-huit mille cinq cents à Paris. Ces morts en masse laissent de nombreux orphelins, dont l'avenir dépend largement de la charité privée. Les plus pauvres sont placés dans des hospices, dans des conditions misérables propices à une forte mortalité. Pour épargner aux orphelines ce triste sort, des fondations religieuses naissent au lendemain des grandes vagues d'épidémie de choléra.

Jeune fille en prière

Joseph Désiré Court
Rouen, 1797 - Paris, 1865
Jeune fille en prière
1836
Huile sur toile
Le Mans, musée de Tessé, inv. 10.489

Cette jeune fille arrive au terme de son enfance. La scène de prière, en chemise de nuit dans l'intimité de l'alcôve, fait référence aux rituels quotidiens du coucher comme du lever, mais elle peut aussi faire allusion à la nuit de veille et de prière qui précède le jour de la première communion, à l'âge de onze ans environ. Au 19e siècle, ce sacrement est un véritable rite de passage de l'enfance à l'âge adulte. Les enfants le ressentaient comme tel, avec le lot d'angoisse que cela engendrait : aux filles était demandé de sacrifier leurs poupées, par exemple. Si, pour les garçons, le quotidien change peu par la suite, pour les filles la perte de liberté est sensible : dès lors que leurs parents ont des biens, elles sont placées sous une étroite et constante surveillance, que ce soit au pensionnat religieux ou chez les parents durant les vacances. Avec la puberté, la préservation de la virginité jusqu'au mariage devient l'obsession de chaque instant.

Le Jeune Gaston, dit L'Ange de Foix

Claudius Jacquand
Lyon, 1803 - Paris, 1878
Le Jeune Gaston, dit L'Ange de Foix
1838
Huile sur toile

Paris, musée du Louvre, département des Peintures, don sous réserve d'usufruit de M. Antoine Béal, R.F. 2008-2
Le sujet relate la triste fin de Gaston, héritier du comté de Foix et de la seigneurie de Béarn, mort prématurément à Orthez en 1380. Parmi plusieurs récits contradictoires, Claudius Jacquand a retenu celui qui plaide pour l'innocence et la jeunesse du prince : le jeune Gaston aurait été manipulé par son oncle pour empoisonner involontairement son père, Gaston III de Foix-Béarn. Ce dernier, ayant déjoué la tentative d'assassinat, condamna son fils à être enfermé au château d'Orthez où le jeune prisonnier mourut après quatorze jours d'une grève de la faim. Le peintre représente cette lente agonie d'un enfant dévoré par le remords et broyé par les manipulations des adultes : d'un geste las, le prince refuse les fruits que le gouverneur de la forteresse le supplie de manger. En réalité, Gaston était âgé de dix- huit ans au moment de sa mort. Jacquand lui donne pourtant l'apparence d'un garçon beaucoup plus jeune. Il rappelle ainsi le sort tragique de Louis XVII, enfermé dans la prison du Temple et mort en 1795, à l'âge de dix ans, des conséquences d'une absence complète de soins.

Une classe de fille dans une école chrétienne à Versailles

Antoinette Asselineau
Hambourg, 1811 - Rouen, 1889
Une classe de filles dans une école chrétienne
à Versailles
1839
Huile sur toile
Rouen, musée national de l'Éducation, inv. 1997.03011

À partir de 1836, l'État se préoccupe de l'enseignement des petites filles les moins favorisées et encourage chaque municipalité de plus de cinq cents habitants à ouvrir une école primaire pour elles. La formation d'institutrices laïques n'existant pas encore, les villes paient des religieuses pour assurer l'enseignement. En 1837, ces écoles primaires chrétiennes accueillent quatre cent douze mille filles (en comparaison, un million et demi de garçons sont scolarisés). Elles y apprennent à lire, écrire et compter, mais sont aussi initiées aux travaux d'aiguille et aux devoirs religieux. Les représentations sincères et attentives de la vie en classe, a fortiori pour les filles, sont rares à cette époque : celle-ci, peinte par une femme, est d'autant plus précieuse qu'elle abonde en détails mobiliers et vestimentaires. L'atmosphère studieuse est à peine perturbée par la punition infligée à une petite fille ou par l'arrivée inopinée d'un militaire avec son enfant.

Au siècle des révolutions : idéal et embrigadement

Le traité d'éducation publié en 1762 par le philosophe Jean-Jacques Rousseau a fondamentalement changé le regard porté sur l'enfance et fixé de nouveaux rôles aux adultes. L'enfance est présentée comme un moment privilégié d'innocence et d'adéquation à la nature. La mère et le père ont la responsabilité de le préserver et de le développer en endossant le rôle d'éducateurs de leurs enfants. Influencé par Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre publie en 1788 Paul et Virginie : c'est le premier roman à grand succès dont des enfants sont les héros.
La Révolution française qui éclate en 1789 améliore le statut des enfants grâce à un changement notable du droit de la famille qui introduit plus de justice en leur faveur. Cependant, elle crée de nouvelles et profondes divisions dans la société française: pour ou contre la République, le roi, l'empereur ou l'Église, les enfants sont entraînés par les adultes dans des opinions et des combats qui souvent les dépassent. Loin d'être épargnés, ils sont exposés à un endoctrinement politique qui n'existait pas sous l'Ancien Régime.
Les jeunes garçons sont plus touchés que les filles car ils sont les futurs citoyens, soldats et contribuables dont l'État a besoin pour défendre la patrie, mener de nouvelles conquêtes et faire prospérer le pays. On leur inculque le sens du sacrifice en citant en exemple des enfants morts pour ces idées. Ceux des classes populaires sont aussi mobilisés dans les révoltes sociales et politiques contre le pouvoir. « Héros républicains » ou « graines de violence », ces petits émeutiers sur les barricades seront immortalisés par Victor Hugo en un personnage inoubliable des Misérables: Gavroche.

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